Le burn-out, pour quoi faire ?

Ce qu'implique de donner un nom à la souffrance au travail

Fiches Acteurs

Cette section regroupe les acteurs ayant exprimé clairement une opinion sur la notion de "burn-out" (au-delà du cadre de nos entretiens) et qui nourrissent ainsi le débat à son propos.


Associations

Des associations ont été créées à l'image de l'Association France Burn-Out créée en 2014 dont le but est de défendre les "droits et intérêts des personnes touchées par l'épuisement professionnel". Ces associations appellent surtout à la reconnaissance sociale de l'épuisement professionnel en refusant une banalisation excessive qui diminuerait une réalité spécifique. Elles jouent également un rôle d'informateur par exemple en conseillant et aidant les personnes touchées dans leurs démarches administratives. Nous ne sommes pas parvenues à rencontrer ces associations qui précisent souvent agir seulement auprès des salariés touchés, mais elles ont été auditionnées dans le cadre de la mission parlementaire (AFBO, Stop Burn-Out). La mission parlementaire a également auditionné des associations non spécialisées sur le burn-out (ASDPro, France Prévention, France Dépression) qui témoignent d'une approche récente et complémentaire par rapport à ce qu'ils traitaient jusque là (dépression, troubles bipolaires).

Auditions des associations à l'Assemblée


Patrick Légeron

Psychiatre et attaché de consultation (Centre Hospitalier Sainte-Anne de Paris), Patrick LEGERON est Fondateur de Stimulus, cabinet de conseil de référence en matière de bien-être et de santé au travail. Il est également membre et conseiller scientifique des think tanks Présaje et Promesse sur les sujets sociétaux, économiques et juridiques. En février 2012, il est co-rapporteur du rapport de l’Académie nationale de médecine consacré au burn-out qui rappelle que le burn-out renvoie à une réalité mal définie qui ne saurait faire l'objet d'un diagnostic médical actuellement. L'Académie de médecine met en garde contre une légifération "extrêmement périlleuse" au vue de l'absence de connaissances médicales. Patrick Légeron appuie ainsi sur l'importance du développement d'une recherche scientifique inter-disciplinaire qui ne serait pas esclave de la médiatisation et du dialogue social. Il remet en question les procédures de reconnaissance actuelle ainsi que la banalisation du terme, et met en garde contre la "psychiatrisation" de toute détresse psychologique qui déservirait les "vrais" patients.
Audition de Patrick Légeron


Marc Loriol

Sociologue chargé de recherche au CNRS, il étudie la construction sociale du stress et de la souffrance au travail. Il pense que le burn-out ne doit pas être combattu via la reconnaissance en tant que maladie professionnelle mais au contraire, il devrait être considéré de manière plus profonde en favorisant "les formes organisationnelles et les relations sociales au travail" (prendre en compte l'isolement des salariés, créer des échanges autour du travail, organisation plus horizontale). Individualiser le burn-out n'est pas souhaitable car cela met plus de pression sur le salarié et le fait culpabiliser parce qu'il n'est pas parvenu à trouver un bon équilibre entre le travail et sa vie privée.


Bernard Morat

Médecin du travail en Indre-et-Loire, Bernard Morat est à l'origine d'un appel demandant aux ministères de la Santé et du Travail la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle face à sa "montée en puissance, en nombre et en gravité", aux côtés de 18 médecins du travail de Touraine. Il met en cause des méthodes de management pathogènes, l'intensification du travail et de la productivité des gens, au lieu d'embaucher, et la perte d'autonomie, avec les e-mails, les ordinateurs et les smartphones qui créent une liaison permanente avec l'entreprise. Il souligne également les mutations apportées par la crise et la peur du chômage, mettant en avant de plus le fort coût économique de la souffrance au travail. Il propose ainsi de faire payer aux entreprises le coût du burn-out afin de les inciter à en assurer la prévention, et d'infliger des sanctions financières aux entreprises où le plus de cas sont déclarés.
Lettre de Bernard Morat au président de la FIRPS


Gérard Sebaoun

Député PS de la quatrième circonscription du Val d'Oise depuis 2012, il est le rapporteur de la mission d'information de l'Assemblée nationale sur l'épuisement professionnel, publié en février 2017. Nous avons pu le rencontrer afin d'avoir de plus amples informations sur son rapport. Tout d'abord, il pense qu'il n'existe aucune définition du burn-out ni de prédisposition biologique. Il affirme que : "le burn-out naît d'une rencontre entre un individu et une situation", en reprenant les travaux de Claude Veil. Le burn-out est un "engrenage infernal", "un véritable drame humain". Selon lui, l'organisation du travail est responsable de l'émergence de burn-out. Il faudrait accorder des espaces de liberté aux salariés, accentuer la formation des managers et surtout parvenir à modifier le mode d'organisation du travail au sein des entreprises (vers les entreprises "libérées"). Il a précisé que le but du rapport n'est pas d'inscrire le burn-out au tableau des maladies professionnelles (comme le souhaite Benoît Hamon) mais de donner des pistes de réflexion sur le burn-out.


Technologia

Directeur général du cabinet Technologia, Jean-Claude Delgènes a fondé le cabinet en 1989 avec la volonté d’analyser les technologies de façon anthropocentrée: elles doivent avoir pour but de favoriser l’épanouissement au travail. Le cabinet s'intéresse depuis à prévenir les risques psychosociaux dans le public comme dans le privé, et réalise des expertises CHSCT pour lesquelles il est agréé par le Ministère du Travail.
Le cabinet s'est positionné en 2014 sur la question du burn-out par la publication d'une Etude clinique et organisationnelle de Technologia sur le burn-out. Celle-ci conclue que 3,2 millions de personnes en France se trouvaient alors en situation de travail excessif et compulsif et donc en danger d’épuisement professionnel. Le cabinet a lancé en parallèle une pétition pour la reconnaissance du burn-out en tant que maladie professionnelle, qui a mobilisé près de 11 000 signataires de divers horizons. Cette reconnaissance permettrait selon Jean-Claude Delgènes de favoriser la prévention, d’avoir de véritables statistiques et de répondre à un impératif financier. Le burn-out, mal appréhendé, implique en effet des coûts directs et indirects énormes sur les salariés, les entreprises et les assureurs.
A noter que la notion de "burn-out" se situe selon le cabinet à la frontière de 3 pathologies (sur la base d'une étude mandatée par le COCT): la dépression d'épuisement professionnel, l'état de stress répété conduisant à une situation traumatique et l'anxiété généralisée. Par la reconnaissance du burn-out en tant que maladie professionnelle, Technologia entend en fait une reconnaissance des deux premières, l'anxiété généralisée devant être l'objet de négociations avec les partenaires sociaux.


Jean-Paul Vouiller

Délégué syndical national CFTC de Hewlett-Packard Entreprise, il est le premier Français formé à la méthode québécoise. Suite aux réflexions d’un groupe de travail sur les outils de détection du stress, Jean-Paul Vouiller a développé une méthode “Comprendre, Stabiliser et Agir”, qu’il a pu compléter en 2015 par la formation québécoise. Il a ensuite créé le programme Les Délégués Sociaux en Entreprise, qui forme un réseau de salariés formés à l’écoute et à la prévention contre les risques psychosociaux. Son ambition est désormais de construire un réseau de salariés et délégués du personnel capables de former une orientation de proximité en cas de détection de souffrance psychique. Jean-Paul Vouiller ne parle pas de maladie pour définir le burn-out. Pour lui, les burn-out devraient être reconnus comme accidents du travail. L’organisation du travail et des entreprises peut en être la cause et des solutions comme les entreprises libérées et les réseaux de proximité pourraient enrayer le phénomène.


Philippe Zawieja

Chercheur au CRC (Centre de recherche sur les Risques et les Crises) de MINES Paris-Tech et auteur d'un Que sais-je ? sur le burn-out, il pense que le burn-out n'est ni une maladie ni une pathologie au sens médical du terme car on ne connaît pas la ou les causes du burn-out, on ne possède pas de tableau clinique ou de moyens thérapeutiques afin de le soigner. Il considère le burn-out comme un épuisement psychique, une forme de souffrance. La médicalisation de cette forme de souffrance n'est alors pas souhaitable puisque, selon lui, l'entreprise et le travail ne sont pas les seuls responsables du burn-out. Le burn-out n'est pas récent car de tout temps, on peut distinguer une "fatigue d'époque".
Audition de Philippe Zawieja