Le burn-out, pour quoi faire ?

Ce qu'implique de donner un nom à la souffrance au travail

Etat des lieux des différentes approches du concept

La notion de burn-out est plus que jamais d’actualité, comme nous l’a montré la campagne présidentielle avec le programme de Benoît Hamon, dans lequel le burn-out occupait une place de choix. Aujourd'hui, les débats sur la reconnaissance de l’épuisement professionnel servent essentiellement à prendre mesure du problème de la souffrance au travail plutôt que créer une entité clinique. La quantification de ce syndrome permet de créer la notion elle-même et a plus d'impact que sa définition. Aborder le burn-out en termes de chiffres et de coûts permet d’en faire parler et d’attirer l’attention sur un problème de société. Malgré un problème de définition, les débats autour de celle-ci semblent s’atténuer comme le montre la faible dynamique autour de la recherche sur les marqueurs biologiques de l'épuisement professionnel. Le burn-out n’apparaît alors pas comme un diagnostic ni un enjeu médical mais plutôt comme un mot "valise" nécessaire pour mettre en débat les situations de travail.

Les débats se cristallisent alors plus autour de la réparation de l’épuisement professionnel ainsi que sur la prévention. En effet, la plupart des acteurs que nous avons rencontrés insistent sur le fait que la prévention et la réparation vont de pair. La question de la réparation semble être la question brûlante, au cœur du travail de la mission parlementaire. Toutefois, celui-ci semble déboucher sur un statu-quo: il paraît en effet difficile de reconnaître le burn-out comme une maladie professionnelle dans le système existant avec la définition actuelle de maladie professionnelle. La question de la reconnaissance du burn-out en tant que maladie professionnelle engage plutôt un débat plus large qu’est la place des affections psychiques liées au travail dans le droit.
De surcroît, la réparation est directement liée à la question de responsabilité. Certains acteurs veulent faire reconnaître juridiquement le burn-out pour imputer les responsabilités aux entreprises. Parler de burn-out permet ainsi d’évoquer l’organisation moderne du travail dans tous les secteurs mais aussi de nouveaux enjeux tel que le droit à la déconnexion. L'organisation du travail est aussi un des enjeux de la prévention. La réflexion sur la prévention a tendance à se développer aujourd'hui, notamment dans les sphères politiques, mais sa mise en pratique reste marginale ou à petite échelle par exemple avec des réseaux de proximité comme celui des Délégués Sociaux en Entreprise que nous a présenté Jean-Paul Vouiller, partant de l’idée que la solution est dans les dix mètres autour du salarié. Toutefois, ces initiatives sont peu coordonnées et la création d’un réseau regroupant les programmes de ce type est d’ailleurs un enjeu pour ceux-ci.

En outre, il n’y a pas de consensus global sur la manière de mener la prévention, à quelle échelle et de quelle manière ni sur l’urgence de telles mesures. L’épuisement au travail ne constitue pas encore une priorité pour les chefs d’entreprises, tout particulièrement pour ceux des toutes petites, petites et moyennes entreprises pour qui la contrainte à court terme est le chiffre d’affaires, comme l’ont dit les représentants des TPE et PME à l’Assemblée nationale. La situation de ces entreprises est bien loin des objectifs de long terme des grands groupes pour qui l’enjeu est également de faire valoir une image positive de l’entreprise. Ainsi, les incitations à faire évoluer les conditions de travail sont variables et ont pour conséquence le statu-quo actuel en matière de prévention à grande échelle.